Jeudi 09 Septembre 2010

[Blog] La faillite des révolutions colorées

3 Mars 2010 | Guerre et Paix | Xavier Moreau |

L’arrivée au pouvoir de Viktor Yanoukovitch est un nouveau revers pour la politique américaine d’expansion de l’OTAN. Cet échec intervient moins de deux ans après la débacle de l’armée géorgienne, pourtant entraînée et équipée par l’US army. La victoire de Yanoukovitch marque aussi l’échec de la révolution colorée la plus emblèmatique. Il semble, d’ailleurs, que le département d’Etat américain croit de moins en moins à ce système de subversion. Pour preuve, la prise du pouvoir au Honduras, par un parti pro-américain, en juin 2009, a été réalisée grâce à un coup d’état militaire. Il ne s’agit plus d’une manœuvre semi-pacifique et subtile, mais d’un putsch, comme la CIA en était friande pendant la guerre froide.

Malgré des succès en Serbie, en Ukraine et en Géorgie, peu de ces révolutions ont finalement abouti. En Asie centrale, elles ont toutes échoué et la tentative manquée en Ouzbékistan, en 2005, s’est terminée par le départ forcé des troupes américaines qui y étaient stationnées. En Biélorussie, le pouvoir de Loukachenko n’a jamais été ébranlé ne serait-ce qu’une heure. En Iran, le pouvoir d’Ahmadinejad est sorti vainqueur de l’affrontement.

Analyser les conditions qui ont favorisé la réussite de ces mouvements politiques permet de mieux comprendre l’évolution des régimes qui en sont issus.

 

 

 

 

La situation en Serbie est sans doute plus délicate encore. En portant l’indépendance du Kosovo devant les instances juridiques de l’ONU et en se plaçant du point de vue du droit international, le Président Tadic devrait remporter une victoire importante, invalidant la reconnaissance de l’indépendance de la province de jure. Ses récentes déclarations à l’ONU pourraient l’ammener à figurer sur la liste des « remplaçables », si une telle manoeuvre est encore possible.

Les échecs de ces révolutions colorées prennent place à un moment où l’ex-première puissance n’inspire plus ni n’impressionne. La crise économique a marqué l’échec de son modèle ultra-libéral, tandis que le conflit géorgien a montré que l’US army n’affrontera pas l’armée russe pour protéger ses alliés. Un recul sur les ventes d’armes à Taïwan achèverait de la discréditer en tant qu’allié fiable et puissance militaire majeure.

 

Xavier Moreau

 

(1) Il est particulièrement proche de l’Ambassadeur américain en Yougoslavie jusqu’en 1980, Lawrence Eagleburger, lui même proche de Henry Kissinger. Il est également très lié à l’attaché militaire Brent Scowcroft, membre du Center for Strategic and International Studies, proche de Kissinger et de George Bush père. Scowcroft est co-auteur avec Zbigniew Brzezinski et David Ignatius d’ “America and the World: Conversations on the Future of American Foreign Policy” (Basic Books, 2008). Il est vraissemblable que Milosevic a surrestimé l’influence de ses soutiens américains, tandis que d’autres se sont tout simplement joués de lui.

(2) Stepan Bandera fut condamné à mort en 1934, pour l’assassinat du ministre de l’intérieur polonais. A partir de 1939, il fonde et organise la « légion ukrainienne », unité comabattant au sein de l’armée allemande. Il a été élevé à la dignité posthume de Héros d'Ukraine par un décret signé le 22 janvier 2010 par le président ukrainien Viktor Iouchtchenko, provoquant une vague de protestations en Fédération de Russie, au sein de la majorité russophone d'Ukraine et des défenseurs des droits de l'homme. Le 29 janvier, le Centre Simon-Wiesenthal a dénoncé, dans une lettre adressée à l'ambassade ukrainienne aux États-Unis, l'attribution de ce titre à un « collaborationniste nazi responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945. »

(3) Au lendemain de la défaite militaro-diplomatique du Président Saakhachvili, Condolezza Rice avait déclaré « off record » que la Géorgie aurait besoin d’un nouveau président. Plus tard Georges Bush avait fait savoir au Président géorgien qu’une place de professeur l’attendait dont son institut de formation pour futurs cadres de pays amis.

(4) La politique de « rollback », en français « refoulement », est une doctrine mise au point en 1952 par le président Eisenhower et son secrétaire d’État aux affaires étrangères, John Foster Dulles, qui vise à refouler le communisme, et non plus simplement à contenir sa progression.

 

« Guerre et Paix » est un blog d’opinion. Les idées exprimées par l’auteur de ce blog n’engagent pas la rédaction du site.

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