Jeudi 09 Septembre 2010
Les coulisses du leadership
Le culte du leadership est un phénomène relativement récent. Après Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux Olympiques, la publicité, les employeurs et les athlètes se sont mis à valoriser le « plus vite, plus haut, plus fort ». Le Courrier de Russie s’est posé la question : pour quelle raison faut-il à tout prix être un leader, pourquoi est-il inacceptable d’être un loser ? Pour obtenir des éclaircissements, nous nous sommes adressés à des coachs.
« On n’a jamais eu besoin de faire de moi un leader : je l’ai toujours été, assure Sergueï Nassibian, coach à l’Académie moscovite de training. À l’école, j’étais secrétaire du komsomol (1), responsable de la section sportive. J’ai longtemps cru que, plus je m’entourerais de gens faibles, plus il me serait facile d’être un chef. Mais, à un moment donné, j’ai changé de point de vue. J’ai compris que tous les gens pouvaient et méritaient d’être des forts. Le leadership, qu’est-ce que c’est ? C’est être responsable de soi et des autres. »
Lors de ses entraînements de développement de la personnalité, Sergueï commence habituellement par inviter les membres du groupe à prêter attention aux termes qu’ils emploient. « Les gens ont souvent peur d’affirmer « oui, je vais le faire ! ». En général, ils préfèrent dire « sans doute, oui, je pourrai ». Précision anodine ? Justement, non ! De cette façon, ils se donnent la possibilité de revenir en arrière, de refuser leur responsabilité. Les leaders n’agissent pas ainsi. »
Afi n de devenir un leader, pour Elena Martynova, coach de l’association Nouvelle Hauteur, il est indispensable de prendre conscience de ses peurs et de travailler à les vaincre. Pour y parvenir, Elena divise la salle où se déroulent les entraînements en plusieurs zones. Chacune de ces zones correspond à une stratégie de vie déterminée. Il y a celle de l'évitement de l'échec, celle de l'aspiration au succès... Les participants se déplacent dans ces zones, choisissant celle qui leur convient le mieux et, en même temps, analysent leurs choix de vie.
Selon Elena, les hommes d’affaires ne sont pas les seuls à apprécier les entraînements pour le développement de qualités de leadership. « Nous accueillons des managers, des étudiants brillants, des retraités qui décident de repartir de zéro. Tous ceux qui aspirent à être heureux. »
« Le culte du sacrifice est très développé dans la mentalité russe, particulièrement chez les femmes, ajoute Elena. Je vois venir une multitude de femmes qui ont décidé un jour de se consacrer à leur famille. Elles sacrifient leur santé, négligent leur épanouissement personnel. Ces femmes sont profondément malheureuses. Elles transmettent ces principes à leurs enfants, et les rendent aussi malheureux. »
« Tchekhov avait raison, nous devons extirper l’esclave qui est en nous, s’exclame la jeune femme. Alors seulement, nous pourrons être maîtres de notre destin. Alors seulement, nous trouverons le bonheur ! »
Elena en est convaincue, et tente d’en convaincre tous ceux qui suivent ses entraînements. Il y a quelques années, elle a conçu le cours « Mon destin et l’argent », qui s’est avéré étonnamment fréquenté. L’objectif : convaincre les gens que l’argent n’est pas une incarnation du mal. « Au début de ces leçons, la majorité des participants ont réalisé qu’ils associaient l’argent à quelque chose de sale, d’immoral, se souvient Elena. À la fi n de la session, ils étaient tous d’accord sur le fait que, en gagnant de l’argent, une personne exprime son amour pour le monde et pour ceux qui l’entourent. »
Il vaut mieux ne pas demander à Elena comment augmenter son bien-être sans faire d’efforts particuliers. « Un participant, une fois, m’a demandé de lui apprendre à voler sans avoir honte, raconte-t-elle. Il voulait s’acheter un appartement, une voiture, de beaux vêtements. Je lui ai expliqué que, s’il aspirait uniquement à acquérir les symboles matériels du confort et non à la réalisation authentique de soi, il ne serait jamais heureux. Je suis parvenue à le convaincre et, finalement, ce jeune homme a créé son entreprise. Honnêtement et légalement. »
« Il n’est nullement question d’apprendre aux gens à manipuler les autres, mais de les aider à découvrir leurs dispositions naturelles et à les développer », considère Elena. Permettre à la personne de choisir son propre chemin de vie et non de suivre une voie tracée par quelqu’un d’autre, c’est là l’objectif réel des entraînements pour le développement des qualités de leadership.
En Russie, c'est la génération des 30-50 ans qui rencontre le plus de difficultés dans ce domaine. Le coupable : la maladie de l’État paternaliste qui, selon Elena, affecte tous les habitants de l’espace post-soviétique. « Nous voulons en permanence que quelqu’un soit responsable pour nous. Il faut que l’on nous instruise et que l’on nous soigne gratuitement, que l’on nous paie les transports, que l’on s’occupe de nous. Nous sommes incapables de faire face à nos problèmes de façon indépendante et attendons que quelqu'un les résolve à notre place. Nous devons nous débarrasser de cette représentation du monde. Si, dans le passé, en URSS, être un leader signifi ait participer à élargir la gloire et le pouvoir de l’État, aujourd’hui, cela signifie être capable de produire une réflexion propre et de la faire partager au plus grand nombre de gens. »
Traduit par Julia Breen
(1) Organisation de jeunesse communiste.
retour